https://www.957kyk.com/audio/706084/le-css-des-rives-du-saguenay-devra-couper-14m

Jeudi matin, les Centres de service scolaire du Québec recevaient du ministère de l’Éducation ce qui s’annonçait en terme de coupures budgétaires pour la prochaine année. Voici un exemple bien réel parmi bien d’autres, qui illustre l’ampleur sans précédent des coupes attendues et de leurs possibles effets.
Un Centre de service apprend que son budget sera amputé de 35 millions pour l’année 2025-2026. Je me permets d’illustrer ce que ce montant peut représenter dans ce CSS en particulier. Si on considère que le salaire moyen de tous les employés de ce CSS, tous types de postes confondus, tourne autour de 60 000$ par année, cela représenterait rien de moins que la suppression de 585 postes à temps complet.
Si ce CSS décidait de faire disparaître l’ensemble des services administratifs en soutien aux écoles, y compris les services éducatifs, le transport scolaire, les services financiers ou encore celui des ressources humaines, cela représenterait une coupe de 22 millions. Il resterait ensuite à couper 13 millions directement dans les écoles.
Le ministre a annoncé des coupes de 510 millions pour l’an prochain. Or, quand je tiens compte de la taille des Centres services pour lesquels je détiens des informations et ce que chacun d’eux reçoit en proportion de ses effectifs, les restrictions imposées sont plus près du milliard de dollars. Ces compressions dépassent, et de loin, celles reprochées aux libéraux du gouvernement Couillard dans le passé, sauf que cette fois-ci elles se produisent en une seule année. Si tout cela s’avère exact, l’équilibre budgétaire sera à toute fin pratique une mission impossible en 25-26, il sera impossible aussi de ne pas toucher de façon significative aux services aux élèves et d’améliorer la réussite scolaire, le système scolaire sera au bord de l’implosion. Celui qui prétendra le contraire, fut-il ministre, vit au pays des licornes.
En toute logique, le ministre sera-t-il dans l’obligation de congédier ses directions de centres de service qui échoueront dans leur tentative d’équilibrer leurs budgets sans toucher aux services aux élèves, là est la question. Qui sera tenu responsable de ne pas atteindre ses cibles? Quelle sera la position des conseils d’administration des CSS? Prendront-ils enfin la parole pour défier le gouvernement, ce que faisaient les conseils de commissaires élus quand c’était le temps de défendre les intérêts des élèves? Auront-ils le courage politique de le faire?
Nous vivons les conséquences des politiques des apprentis sorciers caquistes en matière de gouvernance scolaire et de ceux qui les ont supportés en 2019 lors de l’abolition des commissions scolaires et du congédiement des élus scolaires. Mais consolons-nous, l’an prochain on va se vouvoyer dans les écoles, on ne portera pas de voile, et on laissera son cellulaire à la porte.
AVERTISSEMENT: après avoir détaillé de façon exhaustive tout le contenu de cet article et l’avoir organisé dans un plan , j’ai en confié la rédaction finale à GEMINI, l’intelligence artificielle de GOOGLE.
Dans cette analyse, je mets en lumière la pertinence du concept de rapport signal/bruit (RSB) pour comprendre les enjeux du débat public sur l’éducation au Québec. Issu de l’ingénierie, de la cybernétique et de l’acoustique, le RSB mesure la proportion du message désiré (le signal) par rapport aux interférences indésirables (le bruit). Un RSB élevé garantit la clarté et la compréhension du message, tandis qu’un RSB faible signifie que le bruit prédomine, masquant le signal et rendant sa compréhension difficile. J’établis un parallèle entre cette notion technique et la dynamique souvent chaotique des discussions entourant le système éducatif québécois.
Dans le contexte des discussions sur l’éducation, le signal représente l’ensemble des informations, arguments, données probantes et analyses de fond qui sont absolument nécessaires pour une discussion constructive et éclairée. Ce signal comprend plusieurs composantes essentielles :
Ces éléments constituent la matière première d’un débat riche et productif, permettant d’identifier clairement les problèmes et d’élaborer des solutions efficaces.
Le bruit, à l’opposé, désigne tout ce qui vient parasiter, déformer ou obscurcir le signal, rendant le débat moins compréhensible et moins productif. Au Québec, plusieurs sources de bruit sont identifiables dans les discussions sur l’éducation :
Ces sources de bruit agissent comme des filtres qui dégradent la qualité du signal, rendant l’échange moins efficace et plus difficile à suivre pour le public et les décideurs.
Un faible rapport signal/bruit dans le débat sur l’éducation au Québec a des conséquences profondes et préjudiciables :
Ces impacts soulignent l’importance cruciale d’améliorer la qualité du dialogue pour avancer efficacement sur les enjeux éducatifs.
Pour rehausser la qualité du débat public sur l’éducation au Québec, il est impératif d’augmenter le rapport signal/bruit. Cela exige une série d’actions concertées :
En conclusion, je souhaite insister sur le fait que, tout comme un bon système audio permet de percevoir clairement une mélodie malgré les interférences, un débat public sur l’éducation doté d’un Rapport signal/bruit élevé permettrait aux idées constructives de résonner véritablement. Une telle amélioration guiderait l’évolution du système éducatif québécois vers le mieux, en mettant fin à la « dictature de l’opinion », des nouvelles éphémères et, par conséquent, aux improvisations électoralistes. Dans le contexte actuel, cela justifie pleinement la mise en place de ce que certains ont déjà qualifié de « Commission Parent 2.0 », une démarche qui permettrait une réflexion en profondeur et la construction de solutions durables pour l’avenir de l’éducation au Québec.
On entends ces jours-ci de plus en plus d’appels à mettre en place une conversation nationale sur l’avenir de l’éducation au Québec. Sans doute cela témoigne-t-il d’une volonté de se donner un projet collectif et de faire table rase des bricolages à la pièce, de la cruelle absence de vision systémique et des réformes au goût du jour, mal liées entre elles. Voici un texte, un manifeste en fait, à la rédaction duquel j’ai contribué et que j’ai eu l’honneur de présenter avec mon collègue Jean-Pierre Aubin en 2015 à l’occasion du Forum des idées pour le Québec. Nous visions large et loin. Ça ne se lit assurément pas comme un Tweet ou une publication Facebook et ça n’a pas le charme d’une photo bien léchée sur Instagram. Ça demande un effort plus important, mais ça en vaut la peine, ou le plaisir, c’est selon. Le contenu demeure encore, à mon sens, très actuel. Bonne lecture! Vos commentaires sont appréciés.
“C’est ta semaine. Je ne te dessinerai pas un arc-en-ciel. Je ne te dirai pas de mensonge. » Un texte coup de coeur/coup de poing d’Ariane Gaudreault pour la semaine des enseignants…
Enseigner…
J’ai débuté ma carrière comme enseignante au primaire, il y a longtemps…le contexte a changé, mais je me souviens…
Tu es une personne polyvalente, car il y a tant de choses que tu dois faire tout en enseignant…
Il y a cet élève dont le parent t’écrit qu’il doit faire son éducation physique bien qu’il n’ait pas ses souliers de course, ils sont chez l’autre parent…
Et cette élève qui te préoccupe, car elle n’a pas encore de collation aujourd’hui, et tu sais que son parent a perdu son emploi; tu te prends une note pour l’appeler afin de vérifier si tout va bien, tout en partageant ta collation avec elle…
Et celle-ci qui doit prendre son antibiotique avant la récré, tu cours après quelqu’un pour te remplacer quelques minutes dans ta classe pour aller le récupérer au frigo…
Et la secrétaire qui te rappelle via l’intercom que Paul doit se préparer pour 11h, sa mère vient le chercher pour aller chez le dentiste; et comme il ne reviendra pas en pm, il doit faire son sac et compléter son agenda…
Et on cogne à ta porte de classe : c’est l’orthopédagogue qui vient chercher 4 élèves…
Et il y a Mireille qui ne veut pas se mettre à la tâche; la désorganisation n’est pas loin, tu le sens…Cela te rappelle que son parent n’a toujours pas confirmé la date pour son plan d’intervention…
Et ces 3 élèves : t’assurer qu’ils ont bien pris leur Ritalin avant d’aller diner…
Et celui-ci, qui te confie au son de la cloche du midi que ses mitaines sont mouillées et n’a pas une seconde paire…
Et dans ton pigeonnier, un message d’un parent qui t’informe qu’il fera maintenant l’enseignement à la maison, donc bien gentil de préparer ses choses puisqu’il viendra les chercher en fin de journée…
Et tu as maintenant la responsabilité d’ouvrir les fenêtres pour aérer : Dieu merci, une seule fenêtre peut s’ouvrir dans ta classe…
Cela ne se passe quand même pas dans une même journée? Tu connais la réponse…
Tu as beaucoup d’interlocuteurs : la mère, la belle-mère, la DPJ, les professionnels, le pédiatre, le CISS, pour ne nommer que ceux-là…Tu communiques par l’agenda, par courriel, par téléphone et aussi en virtuel…
Tu as appris à travailler à toute heure : à la récréation, le midi, le soir et les week-ends. Tu dois planifier ton enseignement en français, en math, en sciences, en art, en univers social, les contenus en éducation à la sexualité, sans oublier l’enseignement des comportements; tu dois corriger en donnant de la rétroaction sur les copies, tu dois préparer les gâteries que tu veux distribuer à tes élèves pour souligner la fin de l’étape, etc.
Et il y a les rencontres : avec les collègues de ton niveau ou de ton cycle, les suivis pour certains élèves avec la TES, la psychologue ou l’orthophoniste, la planification des rencontres pour les plans d’intervention avec la direction, le comité du projet éducatif, etc.
Et depuis plusieurs mois maintenant, tu portes un masque toute la journée…
Et ta classe peut basculer vers l’enseignement à distance chaque jour…
Sur tes épaules repose une lourde responsabilité : faire de tes élèves des citoyens accomplis avec tout ce que cela comporte : leur apprendre à lire, à écrire, à compter, à développer leurs connaissances et leurs compétences dans une foule de domaines. Développer leur jugement, leur sens critique, leur autonomie.
De septembre à juin, quotidiennement, tu assistes à des transformations importantes chez tes élèves et c’est un peu ça ta paye au fond : tu FAIS une différence.
Chaque jour, les parents te confient ce qu’ils ont de plus précieux.
Mais, je le vois, je l’entends et je le lis, tu es fatigué. La lumière au bout du tunnel semble s’éloigner…
C’est ta semaine. Je ne te dessinerai pas un arc-en-ciel. Je ne te dirai pas de mensonge.
Mais je tiens à te remercier. Sincèrement.
Tu es une personne hors du commun : un enseignant, une enseignante.

On me posait l’autre jour la question suivante en lien avec l’abolition des élections scolaires et la disparition des commissaires élus : est-ce que les nouveaux conseils d’administration, qui sont l’élément central de la réforme du ministre Roberge, sont vraiment au centre des décisions les plus importantes concernant la réussite des élèves et la bonne marche de nos écoles? Dans l’état actuel des choses, c’est triste, mais la réponse est non.
Alors, en termes de pouvoirs, qui sont les véritables gagnants de cette réforme? On sait que les parents auraient bien aimé que ce soit eux, les enseignants et le personnel syndiqué aussi. Toutefois, il faut être lucide, les vrais gagnants de tout cela ce sont les cadres et la direction générale. Je m’explique.
RÉUSSITE SCOLAIRE
Les conseils scolaires doivent, en vertu de la loi, se doter d’un plan pour améliorer la réussite des èlèves. Un comité présidé par la direction générale et composé de cadres, de quelques syndiqués et d’un membre issu du milieu de la recherche est chargé de sa préparation, Or, les membres du CA sont exclus des délibérations et des travaux de préparation de ce plan. On leur présentera le plan à la toute fin du processus et s’ils ne sont pas d’accord, ils pourront s’expliquer par écrit et dire ce qu’ils voudraient y ajouter ou modifier. Pourtant, c’est le plus important défi d’un conseil que d’accroître la réussite scolaire. Il est inconcevable que les administrateurs ne soient pas associés directement à la réflexion sur les meilleures stratégies pour améliorer la réussite, et ce dès le début. Ne sont-ils pas ceux qui doivent donner une direction et des orientations?
LES FINANCES
Concernant maintenant le budget du Centre de services et la répartition équitable des ressources, qui sont pourtant, c’est dans la loi, des responsabilités du Conseil d’administration, c’est un comité présidé par la direction générale et formé majoritairement de directions d’écoles et de cadres qui s’assure de répartir les ressources. Et c’est encore une fois quand tout sera ficelé que le Conseil sera informé. Si celui-ci n’est pas d’accord, il doit encore s’expliquer par écrit dans le peu de temps qu’il a pour le faire. Et parlons-en de ce temps…qu’ils n’ont pratiquement plus…
DES POUVOIRS DIMINUÉS
La loi a fait en sorte, en plus de faire disparaître les comités exécutifs des conseils, de réduire de façon importante le nombre d’heures de rencontres des CA, ce qui laisse peu de temps aux membres pour travailler et faire avancer des dossiers jugés prioritaires et moins de temps encore pour réagir aux propositions préparées par les cadres et la direction générale. Plutôt que de permettre aux administrateurs de disposer de suffisamment de temps pour assumer pleinement leur rôle, plusieurs centres de services ont plutôt profité des premières rencontres de leurs CA et possiblement de l’inexpérience de leurs membres, pour modifier leur règlement de délégation de pouvoirs afin de retirer des pouvoirs du CA pour les remettre entre les mains des cadres et de la direction générale. Tout cela sous prétexte, bien sûr, d’être plus efficace et de ne pas trop en demander aux bénévoles qui siègent au conseil.
Poussant plus loin la bienveillance, il est même arrivé, comme par exemple au Centre de services scolaire de la Rivière-du-Nord, que la direction générale se soit elle-même attribué de nouveaux pouvoirs avant même que le conseil d’administration ne siège pour la première fois, plaçant ainsi les administrateurs nouvellement désignés devant un fait accompli. En d’autres mots, avant même d’entrer en fonction, beaucoup de conseils d’administration avaient déjà perdu certains de leurs pouvoirs aux mains de la direction générale et des cadres.
SE FAIRE ENTENDRE
Vous qui lisez les journaux locaux, quand avez-vous entendu votre centre de services scolaire prendre position publiquement sur les décisions ou les tergiversations du ministre de l’Éducation en lien avec la pandémie? Jamais? Et c’est logique. D’abord, même si votre CA a une présidente, parent de surcroît, elle n’est pas autorisée à prendre position publiquement. C’est, en vertu de la loi, la direction générale qui est la porte-parole officielle. Or, elle doit exercer son devoir de réserve vis-à-vis les décisions du ministre. C’est-à-dire que chaque fois que le ministre parle, elle doit reculer d’un pas et se taire. Résultat : plus personne ne porte la voix des citoyens et de ceux et celles qui continuent, avec ou sans enfants, à payer la taxe scolaire dans la région.
UN RENDEZ-VOUS RATÉ?
Tout cela est bien triste car un conseil d’administration peut contribuer tangiblement à l’amélioration de la réussite et de la qualité des services éducatifs en se servant de tous les pouvoirs que lui confère la loi pour agir sur ce qui détermine justement cette réussite. Il peut créer et maintenir les conditions propices à un enseignement de qualité, à des opportunités égales d’apprendre et à un accès équitable à des services éducatifs appropriés pour tous les élèves. Pour cela, les conseils devraient pouvoir prendre position publiquement, engager une conversation avec la population, voir loin, voir large, voir autrement en intégrant l’avenir dans toutes leurs réflexions tout en étant conscient que le progrès n’est pas fait que de continuité mais aussi de ruptures.
Dans son roman, Le Guide du Routard Galactique, Douglas Adams raconte qu’un peuple hyper-intelligent a un jour construit le plus grand ordinateur de tous les temps pour calculer la réponse à la grande question sur la vie, l’univers et le reste. Après sept millions et demi d’années à réfléchir et à faire tourner ses algorithmes, la machine fournit enfin la réponse que tout le monde attendait : « QUARANTE-DEUX ». Mais la réponse ne s’avéra d’aucune utilité parce que personne ne se rappelait après tout ce temps la question précise qu’on avait posée à l’ordinateur.
Les leçons à tirer de cette fable galactique sont d’une certaine pertinence dans le dossier de l’abolition des commissions scolaires. Si beaucoup de gens semblent d’accord avec ce que le parti au pouvoir se propose de réaliser, il n’est pas si clair que tous ces gens se souviennent des questions qui ont été soulevées au départ et qui pourraient justifier ce qu’on s’apprête à réaliser.
Première question : comment augmenter la participation aux élections?
Dans le cadre du projet de loi préparé par le ministre, le projet de loi 40, on entend confier aux parents des conseils d’établissements l’élection de ceux qui siégeront aux conseils d’administration des centres de service, cela voudra dire que pour pallier le taux de participation famélique aux élections scolaires on va demander à des gens élus par plus ou moins 2% des parents de désigner qui siégera sur ces conseils. La solution au problème de participation ce serait donc moins de participation aux élections? Visiblement, on a oublié la question initiale. Sinon, on aurait stimulé la participation en regroupant élections scolaires et municipales, favorisé le développement du vote électronique et fait une authentique promotion de la démocratie scolaire. On n’aurait surtout pas appelé les gens à les boycotter.
Seconde question : comment mieux gérer les fonds publics?
On a reproché aux commissions scolaires de nourrir des bureaucraties gourmandes qui détournent des fonds qui auraient eu avantage à être investis dans les services aux écoles. Le problème avec cet argument, c’est que les commissions scolaires consacrent moins de 5% de leur budget annuel à des frais de nature administrative. En fait, de tous les organismes publics et parapublics, incluant les villes et les ministères, ce sont les commissions scolaires qui coûtent le moins cher à administrer. Quelle était la question?
Troisième question : comment améliorer la réussite scolaire?
Au fil des ans on a dénigré l’école publique, lui renvoyant au visage de hauts taux de décrochage et sa faible capacité à diplômer ses élèves qui ont été dans une certaine mesure la conséquence d’une réforme de l’éducation mal ficelée, principalement développée sous le règne de François Legault à l’éducation. Pourtant, données à l’appui et malgré des années de coupures de budget, le décrochage est en baisse et les taux de diplomation augmentent de façon régulière pour atteindre des sommets jamais vus depuis la Révolution tranquille. Cela dans un contexte où l’organisation même du réseau de l’éducation crée, par sa structure même, de l’échec. Je parle évidemment des effets délétères de la ségrégation scolaire : financement du privé et projets particuliers sélectifs qui minent le tissu social de l’école publique ordinaire. Alors que les commissions scolaires, dans un contexte d’adversité bien documenté, pour ne pas dire d’hostilité, ont réussi à hausser la persévérance et la réussite des jeunes et des adultes sous leur responsabilité, on voudrait les abolir? Quelle était la question? Comment mieux faire réussir plus d’élèves?
Quatrième question : nos décisions sont-elles fondées sur des données factuelles ou soumises à la saveur du jour?
Le gouvernement s’est engagé à créer un Institut National d’Excellence en Éducation dont la responsabilité serait de s’assurer, notamment, que les politiques s’appuient sur des données de recherche. J’ai très tôt été associé à cette idée, j’en ai été un des premiers promoteurs. Malheureusement ceux qui parlent actuellement de la gouvernance scolaire dans les médias, les conférences et les cabinets ministériels, ceux qui font la promotion de l’abolition des conseils scolaires formés d’élu-e-s, ne semblent avoir qu’une connaissance plus que limitée des travaux de recherche américains et canadiens sur les sujets sur lesquels ils s’expriment.
Sur quelles données le ministre de l’Éducation s’appuie-t-il pour prétendre que le modèle qu’il entend proposer répondra aux quatre questions fondamentales qui auraient dû orienter tout ce débat : Comment améliorer la démocratie scolaire? Les fonds investis en éducation sont-ils bien gérés? Comment augmenter la persévérance et la réussite scolaires? Comment s’assurer que le développement de nos politiques publiques s’appuie sur les meilleures connaissances issues de la recherche?
Bien malheureusement, et je paraphrase Douglas Adams, la réponse offerte par le ministre en matière de gouvernance scolaire n’est que de peu d’utilité parce que personne dans ce gouvernement ne semble se rappeler après tout ce temps les questions précises qui avaient été posées en lien avec la gouvernance scolaire et auxquelles il aurait fallu répondre autrement qu’en surfant sur des faits erronés et des opinions issus d’un vieux fonds de commerce adéquiste qu’on a soi-même montés en épingle pendant des années.
La ségrégation scolaire au Québec est bien réelle et ses effets délétères sont bien documentés. Les classes véritablement ordinaires, principalement au secondaire, sont une espèce menacée. Le généreux financement accordé à l’école privée, la multiplication des programmes particuliers pas toujours gratuits à l’école publique, tout cela accentue le phénomène de détermination sociale des résultats scolaires. L’école peine à jouer son rôle d’ascenseur social. Plutôt que de réduire les iniquités, elle les accentue.
De la lumière, enfin…
Mais voilà, il y aurait enfin de la lumière au bout du tunnel : on nous annonce que les jeunes vont bientôt quitter l’école privée et revenir vers l’école publique, que les classes ordinaires vont se regarnir d’élèves moyens et forts, que les enfants de nos ministres vont se ruer vers leur école de quartier, et que les programmes particuliers vont perdre de leur attrait. Tout cela, parce que bientôt tous les élèves du secondaire public resteront une heure de plus chaque jour à l’école pour profiter en fin de journée d’une heure d’activité parascolaire. Une heure, moins bien sûr le temps de se déplacer, se préparer, se changer, se rhabiller, ramasser et prendre l’autobus.
Soyons créatifs…
Mais comment organiser tout ça? Comment réaliser cet objectif de stimuler et motiver tous nos élèves du secondaire public, ce public abandonné par tellement d’élèves qui fréquentent le privé? En étant créatif, bien sûr. En se mettant en mode « solution » plutôt qu’en mode « critique ». Quel défi stimulant auquel on nous convie! Imaginez, il est 16h à la polyvalente du coin et 1850 élèves attendent que sonne la cloche pour participer à leur activité parascolaire, celle qui les motive, qui donne un sens, enfin, à leur engagement scolaire. Tous ces élèves attendent le signal en classe, dans un laboratoire ou un gymnase, dans une école pleine d’élèves qui ont aussi hâte qu’eux, dans une école qui accueillera encore plus d’élèves et qui sera plus pleine encore dans un avenir tout proche.
Oups…
Mais au fait, parlant créativité, on mettra où tous ces élèves pour leur faire vivre leur heure d’activité parascolaire? On utilisera les gymnases qui étaient déjà utilisés avant 16h? Certains laboratoires, déjà utilisés aussi? L’auditorium s’il y en a un? La cafétéria? La bibliothèque? Et le reste, la grande majorité des 1850 élèves, se retrouveront à nouveau dans des locaux de classe? Actuellement, dans la très grande majorité des écoles secondaires publiques, les plateaux sportifs, auditorium et autres sont déjà utilisés à pleine capacité après les heures de classe, justement pour faire vivre des activités parascolaires. Et utilisés également en soirée en vertu d’ententes avec les municipalités ou des organismes de loisirs.
On déchante…
Pour la vaste majorité des élèves, le parascolaire se traduirait donc par une heure de plus par jour dans une bête salle de classe? Ordinaire comme des « chips » ordinaires, mais c’est la réalité. Alors, on se comprend : ce n’est pas peut-être pas cela, pour ces élèves-là, qui va stimuler l’exode du privé vers le public et des programmes particuliers vers la classe ordinaire. À moins d’une intervention miraculeuse de l’équipe du Lab-école. Par conséquent, ce n’est pas cela, n’en déplaise au ministre, qui va faire disparaître la ségrégation scolaire, la détermination sociale de la réussite et autres clivages. Et si ce n’est pas cela, ce devra être autre chose.
Pour de véritables solutions…
Peut-être en effet faudra-t-il reconnaître l’évidence et trouver des solutions appropriées, au nom de l’équité et de la justice sociale, pour peu que cela veuille encore dire quelque chose. Peut-être commencer par reconnaître le problème de déficit éducatif structurel auquel nous faisons face. Pourquoi structurel? Simplement parce que dans son organisation même, le système à trois vitesses qu’on a laissé émerger, crée en soi de l’échec. Il faut envisager de véritables solutions systémiques qui tireront l’école publique, et avec elle tout le Québec, vers le haut. Peut-être faut-il condamner très fort cette idée que l’Éducation, pour son bien, doit être soumise au marché, à l’offre et à la demande.
Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa…
Peut-être devra-t-on d’abord accepter que nous sommes collectivement responsables de la dégradation des conditions d’enseignement et d’apprentissage des élèves ségrégués dans ces classes qui ne sont plus ordinaires ou dans ces classes fermées ou spécialisées qui sont des voies sans issue, et qu’on réclame pourtant à grands cris. Pensez-y, on en est rendu à réclamer pour nos enfants des voies sans issue. Pourquoi? Pour nettoyer nos classes pseudo-ordinaires? Peut-être qu’au fond, promettre de parachuter des dizaines de milliers de professionnels dans ces classes où la réussite est si difficile, n’est qu’une façon de se libérer la conscience et le prix à payer pour maintenir le privilège de ceux et celles qui peuvent et veulent se magasiner des écoles, au détriment du bien commun.
Au fond, elle est là la question : dans le contexte actuel, est-ce que les exigences du bien commun sont sauves? La question n’est pas nouvelle, elle est posée dans le préambule de la Loi créant le ministère de l’Éducation du Québec. Mais au fait, le bien commun, est-ce que ça veut toujours dire quelque chose?
Bon je vous laisse, il faut que je termine ma maquette de station orbitale en cure-dents recyclés.
Le gouvernement Legault, lié par une vieille promesse adéquiste, se donne deux ans pour rayer les commissions scolaires du paysage québécois. Mais faire disparaître un gouvernement local dédié aux choses de l’éducation, moins de démocratie, moins de contre-pouvoirs pour faire équilibre, est-ce vraiment une bonne idée? Bien sûr, on dira que peu de gens se déplacent pour élire des commissaires mais on évitera d’implanter des solutions connues pour améliorer cette participation.
On évitera également de mentionner qu’il y a encore moins de personnes qui se déplacent pour élire des représentants aux conseils d’établissement des écoles primaires et secondaires. Le déficit de légitimité des membres des conseils d’établissement, et par déboulement, celui des comités de parents et des commissaires-parents, seraient selon la même logique, plus important encore que celui des commissaires. Cela n’empêche pourtant pas le ministre de l’Éducation, partisan de l’autonomie et de la décentralisation, de vouloir leur accorder des pouvoirs élargis.
Il est par ailleurs intéressant d’entendre le ministre aborder justement cette question de pouvoirs : certains de ceux appartenant aux anciens conseils des commissaires, seraient dévolus aux écoles, là où on « connaît les élèves par leurs noms » (sic), d’autres rapatriés au ministère de l’Éducation, vers des gens « dont on ne connaît pas le nom ». Ce qu’on réalise au net, c’est qu’il y aura certes un peu plus de pouvoirs dans les écoles, plus de pouvoirs au ministère et globalement moins de pouvoirs dans les régions.
Sous le couvert de l’autonomie des écoles, de la décentralisation, ce dont on risque d’hériter c’est d’une plus grande centralisation des pouvoirs à Québec, entre les mains du ministre, ce que sentent très bien à juste titre les leaders de la minorité anglophone. Bref, comme l’écrivait Jean-Pierre Proulx, on veut décentraliser d’un côté et centraliser de l’autre. Il serait pourtant possible dans le cadre actuel, sans intervention extérieure, de conférer plus de pouvoirs aux écoles que ne leur en donnera jamais le ministre. Pour cela, les commissions scolaires n’auraient qu’à revoir leurs règlements de délégation de fonctions et de pouvoirs et je les invite à envisager cette avenue pour préserver l’autonomie régionale en matière de gouvernance scolaire.
Rénover, construire des classes ou des écoles, recruter du personnel, ajouter des groupes spécialisés, déployer les maternelles quatre ans, répartir les ressources, pour ne nommer que cela, requiert une bonne connaissance du terrain, une vision d’ensemble, une sensibilité vis-à-vis des enjeux et des acteurs locaux, une coordination régionale et à l’occasion, de nécessaires arbitrages. Or, ces fonctions sont actuellement assurées par les commissions scolaires…qu’on se propose d’abolir. Si le ministre Roberge considère les CS comme un simple caillou dans le soulier qu’il suffit de retirer pour que le système puisse bien « marcher », le réveil risque d’être brutal: c’est lui qui risque de se retrouver pieds nus dans un champ de petits grains de calcaire émoussés, un champ de gravelle.
Ce que se propose de réaliser le ministre en termes de gouvernance ne s’appuie sur aucune étude, aucune données scientifiques dignes de ce nom, que sur un effet de mode et des préjugés, qu’il a lui-même alimentés. C’est assurément la conclusion à laquelle arriverait un Institut scientifique indépendant. Un avis de cet Institut, annoncé par le précédent gouvernement et promis par la CAQ lors des élections, serait bien utile avant qu’on se lance dans des changements dont les effets sont plus qu’incertains.
Le ministre Roberge, lorsqu’il dit vouloir s’inspirer de l’Ontario pour implanter les maternelles 4 ans universelles de l’école obligatoire jusqu’à 18 ans, ou un Ordre des enseignants, nous rappelle que cette province a eu la sagesse d’appuyer ses réformes sur des données issues de recherches rigoureuses. Mais il omet sciemment de mentionner que nos voisins ont eu la sagesse, en s’appuyant sur la recherche, de miser sur leurs commissions scolaires et les élu-e-s qui les dirigent pour déployer efficacement les changements qui ont mené à une augmentation plus que substantielle des taux de diplomation. Ce que nous voulons pour nos jeunes.
En relançant des débats de gouvernance qui nous mèneront jusqu’en Cour suprême, on risque fort de faire reculer la réussite au Québec, comme chaque fois où, dans l’histoire, on a délaissé la mission éducative pour se concentrer sur les structures. Si cela arrivait, la CAQ aura, avec ses réformes, fait reculer la réussite ce que n’aura même pas réussi le PLQ avec ses mesures d’austérité.

Photo by JESHOOTS.com on Pexels.com
Sur le fond, l’idée n’est pas mauvaise: la CAQ veut étendre à toutes les écoles primaires du Québec le programme des maternelles 4 ans et accélérer le processus d’ouverture des nouvelles classes : plus de nouveaux groupes, partout, plus rapidement. Mais cela semble bien mal s’attacher avec d’autres propositions caquistes en éducation. Comme si on tentait d’assembler entre elles des pièces de puzzle tirées de boîtes différentes.
Cette proposition implique de devoir ouvrir entre 4000 et 5000 nouvelles classes pour les élèves de 4 ans. Il faudrait donc construire l’équivalent de 190 écoles pouvant accueillir 24 groupes chacune. À un coût estimé d’environ 16 millions de dollars par école, on parle d’un investissement requis de près de trois milliards. En même temps, on se privera volontairement de 700 millions de dollars par année de taxe scolaire. Trouvez le lien.
Par ailleurs, ces classes vont nécessiter à elles seules l’embauche de 4500 nouveaux enseignants au préscolaire et presqu’autant de personnel de soutien. Et tout cela au moment où on prétend manquer d’enseignants. Et sans compter 8000 nouveaux postes d’enseignants et de professionnels déjà promis d’ici cinq ans auquel il faut ajouter les départs à la retraite, les promotions, l’ajout de classes spécialisées pour réduire le nombre d’élèves en difficulté dans les groupes déjà saturés du régulier. Des groupes qui ne seraient pas si saturés s’ils ne perdaient pas au privé une bonne partie de leurs meilleurs élèves.
Les défis sont immenses : former tout ce personnel, particulièrement ceux qui seront affectés en maternelle 4 ans; former selon des façons de faire efficaces, qui s’appuient sur la recherche et qui donnent des résultats; accompagner sur une période minimale de deux ans; s’assurer que la mise en œuvre rapide de ce programme à grande échelle est bien faire et porteuse de résultats. Cet enjeu est crucial car la qualité des services offerts en dépend directement. Si la qualité n’est pas là, les résultats attendus n’y seront pas non plus, selon une étude récente de Christa Japel de l’UQAM.
Alors, contrairement à la proposition caquiste de revoir le travail des conseillers pédagogiques et de transformer leurs postes, on comprendra que c’est plutôt le moment de renforcer l’offre de services éducatifs des commissions scolaire afin de mieux préparer et accompagner tout le nouveau personnel requis. Ce n’est pas le temps de mettre ces services en déséquilibre, de compromettre leur efficacité et la qualité des services aux écoles.
On comprendra également que l’ajout de toutes ces classes, leur localisation, les constructions ou les agrandissement, l’embauche massive des enseignants, leur formation, leur insertion professionnelle, le suivi et l’évaluation de l’implantation de ces programmes nécessiteront d’importants efforts de coordination et d’inévitables arbitrages.
Or au même moment, on sera en train de déstabiliser tout le réseau des écoles publiques en proposant (encore) d’abolir les commissions scolaires et de tenter de rendre fonctionnel ce qui en restera. On relancera des débats qui nous mèneront jusqu’en cours suprême et feront reculer la réussite au Québec, comme chaque fois où, dans l’histoire, on a brassé les structures. Si cela arrivait, la CAQ aura avec ses réformes fait reculer la réussite ce que n’aura même pas réussi le PLQ avec ses mesures d’austérité…
Ce chaos annoncé n’aura été que le résultat de la vision mal intégrée et réductionniste d’une formation politique qui fractionne les problèmes et sépare ce qui devrait être attaché. À bien des égards, pour paraphraser Edgar Morin, la doctrine caquiste en éducation semble bien fermée sur elle-même et convaincue de sa vérité.