Constats et réflexions sur le « Palmarès des Commissions scolaires »

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En fin de semaine, le Journal de Montréal (ici et ici) publiait pour la première fois un « palmarès » des commissions scolaires. De celui-ci, je relève les éléments suivants :

  • Globalement, sur une période de quatre ans, on observe une légère tendance è la hausse du score moyen obtenu par l’ensemble des commissions scolaires du Québec;
  • Certaines commissions scolaires se sont significativement améliorées, alors que certaines autres accusent une tendance à la baisse préoccupante;
  • Les écarts, en quatre ans, entre les CS les plus et les moins performantes s’est creusé;
  • Si la plupart des CS qui ont une faible performance sont souvent celles qui ont le plus d’écoles secondaires en milieu défavorisé, certaines CS avec une forte proportion d’écoles en milieu défavorisé se sont significativement amélioré au fil des ans.

Certaines des commissions scolaires qui se sont le plus améliorées ont autorisé leurs dirigeants à témoigner de leur cheminement. Certaines caractéristiques ressortent :

  • Toutes étaient animées par une certaine urgence d’agir;
  • Toutes se sont donné un plan d’amélioration;
  • Elles ont beaucoup misé sur les interventions de proximité, investi dans ce qui touchait de plus près les élèves ou auprès de ceux et celles qui intervenaient directement et fréquemment auprès de ceux-ci;
  • Elles se sont donné des conditions pour réussir à actualiser ce plan;
  • Elles se sont donné des moyens pour suivre les progrès, intervenir au bon moment;
  • Elles ont développé des politiques ou misé sur des moyens qui ont déjà donné des résultats probants, elles n’ont pas improvisé;
  • Les directions générales et les élus scolaires ont assumé leur leadership.

Pour moi, il ressort de cela un certain nombre de constats:

  • D’abord, toutes les commissions peuvent s’améliorer de façon significative. Non seulement elles le peuvent toutes, elles le doivent aussi;
  • Si la défavorisation est un prédicteur de « non-performance », elle n’est pas un déterminant immuable. La défavorisation n’est pas une condamnation sans appel à l’échec. Des commissions scolaires et des écoles ont démontré qu’il était possible d’améliorer aussi et significativement la réussite en milieu défavorisé;
  • Pour relativement bien connaître certaines des CS qui se sont le plus amélioré depuis quatre ans, la plupart d’entre elles semblent visiblement avoir misé sur des approches, des programmes, des actions qui prennent appui sur la recherche : enseignement explicite, intervention précoces en littératie, mentorat et suivi individualisé, suivi continu des résultats scolaires, dépistage des élèves à risque de décrocher, interventions école-famille-communauté, développement du leadership à tous les niveaux de l’organisation, etc.

Les commissions scolaires, ce palmarès en témoigne, peuvent et doivent jouer un rôle crucial dans l’amélioration de la réussite mais aussi, j’ajouterais, dans la pérennisation de celle-ci. Et ça, c’est le défi le plus important. D’expérience, je sais que ce qui peut apparaître aux yeux de tous comme une amélioration exemplaire, voire surprenante, s’appuie sur des années de travail. Le véritable succès ne se vérifie que dans la durée. Si le succès se prépare longtemps à l’avance, il est sûrement possible de dire qu’il en va de même pour l’échec. Il y a toujours le risque de baisser la garde, d’oublier comment on s’est rendu au succès, de s’aveugler dans d’inutiles débats de structures, de se nourrir de la saveur du jour. Les succès faciles n’existent pas.

Lorsque deux classes, deux écoles ou deux commissions scolaires qui seraient en tous points comparables affichent entre elles des écarts de réussite importants, alors qu’on sait qu’on peut réduire ces écarts, nous avons sur les bras un problème éthique majeur. Qu’on soit premier ministre, ministre, directeur-général, président de commission scolaire ou directeur d’école, réduire ces écarts est une injonction, une chose dont on doit s’occuper, chacun à son niveau,  toutes affaires cessantes, au nom de l’équité et de l’égalité des chances en éducation. Il faut notamment :

  • Apporter un soutien ciblé aux élèves, aux classes, aux écoles ou aux commissions scolaires les plus en difficulté;
  • S’assurer que les moyens supplémentaires investis le soient dans les meilleures pratiques;
  • Définir des attentes claires;
  • Créer des conditions de succès;
  • Se considérer responsable, ne pas se défiler ou chercher soit des coupables ou des causes externes pour justifier l’échec;
  • Reconnaître qu’on peut objectivement être à la source de l’échec;
  • Veiller à chaque instant au suivi et à la qualité de la mise en œuvre des mesures qu’on met en place ainsi que leurs résultats;
  • Favoriser les collaborations indispensables au partage des meilleures pratiques.

Bien évidemment, je parle du rôle que jouent et doivent jouer les commissions scolaires pour améliorer la réussite sur leurs territoires. Je parle de cela alors qu’une formation politique, la CAQ, songe à les rayer de la carte. Des joueurs qui misent tous les jetons sur la création d’écoles autonomes sans se demander si tous les établissements sont seulement égaux dans leur capacité de s’approprier positivement cette autonomie dont on les gavera. Sans seulement avoir réfléchi sérieusement au nécessaire équilibre à trouver entre les objectifs de qualité de services, de réussite et d’amélioration de la qualité de l’enseignement sur un territoire donné et le niveau d’autonomie réellement requis par chacun des établissements pour y contribuer pleinement. C’est bien sûr très préoccupant. Et à suivre, comptez sur moi.