Pour laisser des traces

J’ai longtemps tenu un blogue. Certains se rappelleront du « Dernier restaurant avant la fin du monde« . J’y ai commis au fil des ans certains billets d’humeur, mais surtout des positions, des réactions sur l’éducation au Québec et quelquefois ailleurs dans le monde. J’ai beaucoup écrit sur l’importance de l’apprentissage de la lecture, l’enseignement efficace, la ségrégation et l’exclusion scolaires, la recherche, les réformes, la gouvernance et la gestion scolaire, les politiques publiques et la politique tout court. Tout cela alors que j’occupais un poste de directeur-général adjoint dans une commission scolaire du « 450 ». Je me suis fait quelques amis en livrant le fond de ma pensée, et quelques fidèles « ennemis » qui me lisaient néanmoins assidûment.

Je suis retraité depuis juin 2012, mais la vie étant ce qu’elle est, la mienne en tout cas, j’ai multiplié depuis les interventions publiques, les activités de recherche, de rédaction, d’animation d’événements, d’enseignement universitaire, de formation et d’accompagnement. Curieusement, moi qui aime pourtant prendre la plume, j’ai beaucoup plus parlé qu’écrit durant cette période. Doublement curieux, parce que je suis tout le contraire d’un « party animal ». Je suis plutôt introverti, méditatif. Je passe des journées à la maison sans un son autour de moi, sans que ça m’ennuie le moins du monde.

La prochaine année s’annonce particulièrement fertile, je dirais même critique, en éducation. Je considère que nous en sommes à un point de bascule. Mais j’aurai l’occasion d’y revenir. C’est parce que je m’imagine mal garder pour moi seul mes impressions, mes points de vue, mes propositions ou mes critiques que j’ouvre cet espace.

Est-ce que ce sera un espace de création, de réflexion, de participation? Je n’en ai aucune idée. Un espace personnel? Collectif? Je n’en sais pas plus que vous à ce stade-ci. Pour peu que ce « vous » existe ou s’invite. Mais je vais assurément pratiquer la politique de la porte ouverte.

Maintenant, un mot sur le titre de ce blogue. « En poussant le crayon », c’est l’histoire de la plus marquante des rencontres de ma vie. Je savais ce matin-là, le 19 septembre 2002, dans une petite école primaire défavorisée du centre-ville de St-Jérôme, en l’entendant parler de toutes ces familles en souffrance et de ces enfants qui arrivaient à son école rarement « prêts à pousser le crayon », que je venais de rencontrer quelque chose comme une grande dame de l’éducation. Ce que je ne savais pas encore, c’est que quinze ans plus tard, nous serions toujours ensemble.

Le constat éloquent qu’elle me jetait au visage alors était tout le contraire d’une capitulation devant des destins tracés d’avance par le lieu et les circonstances de la naissance. Ces enfants dont elle me parlait avec passion devaient pourtant apprendre et aimer pousser ce crayon, parce que c’était pour eux la façon de défier la logique de reproduction des inégalités sociales, de jouer contre le livre de la fatalité, de le réécrire à leur avantage.  De devenir, comme l’écrivait Dickens, les héros de leurs propres vies, afin de ne laisser personne tenir ce rôle à leur place. Et de laisser leur trace, d’ouvrir des chemins, comme je tenterai de faire ici.

À bientôt.

10 thoughts on “Pour laisser des traces

  1. Salut Marc,
    Quel plaisir de te lire.
    Je suis heureux que tu aies encore une plume, moi qui suis obligé d’utiliser l’ordinateur pour t’écrire…
    Comme quoi les bonnes choses se perdent.
    Au plaisir.
    Mychel

    Aimé par 1 personne

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